février 5, 2010

6 – Elle venait de plusieurs générations, la distance entre la première et la dernière lettre de l’alphabet roumain.

C’était une distance vraiment significative, et établie dans une ordre qui se prêtait à calmer le chaos lettreraire.

A et Z se regardaient de loin, chaque une dans une pointe d’horizon… elles ne se disaient rien, et pensaient qu’effectivement il devait exister plus des différences entre elles (imagine ! tellement des lettres !) que des similarités.

Mais un jour, un long jour d’été – quand le soleil se couche tout douce et lentement, créant l’illusion de nous offrir le temps –, A et Z se sont distraites et pour un moment, au lieu de regarder horizontalement et parcourir gradativement les nuances de ces voisines, elles ont tourné la tête vers leur arrière.

Et ainsi elles se sont découvertes, une à côté de l’autre, dans une conjugaison inédite, capable de séduire et provoquer l’attention de toute l’histoire de la psychologie interprétative.

janvier 22, 2010

5. ∀ x ∀ y ∀ z ( P(x,y) P(y,z) -> P(x,z) )
où x, y, z sont variables et P est un prédicat d’amitié.

novembre 9, 2009

4bis – Inspirée de l’esprit du carnaval et du souffle alcoolique, la lettre H a décidé de faire une dédicace à ses amis numéros. Elle a pris une serviette qui traînait sur la table pour dessiner en lettres :


Starting love (dialogue)
A – One?
B – Two?
A – Three.

La foule de lettres chantait de plus en plus fort.
H a collé son petit dessin sur la porte du frigo et elle est sortie vite pour se joindre à eux.

novembre 8, 2009

4 – Le fait que la Société de Numéros est infiniment différente de celle de Lettres n’est pas une constatation inédite.

Mais, pourtant, le savoir public en question ignorait une information importante sur la société numérique : eux, tous ces numéros quantitatifs, ils accompagnait aussi et de loin, par les notices, les manifestations de la grippe ; et au contraire des lettres, les numéros craignait silencieux les conséquences de cette épidémie.

D’abord ils avaient peur d’une possible décroissance de leur population, et puis ils suspectaient que l’idée de décroissance portait implicite la notion de suppression définitive.

Un beau jour, après avoir fait connaissance du texte n.3 de cette page par un journal de chronique quotidien, la Société de Numéros a organisé un petit comité pour rendre visite à la Grande Maison des Lettres.

C’était un mardi de carnaval, et les lettres fêtaient la symbolisation de ce jour gras et littéral.

Comme prévu, la Maison de Lettres était vide (toutes les lettres défilaient contagieuses dans les rues), et les numéros ont donc hésité : devaient-ils rester et atteindre la fatigue de leurs libertines voisines ?, ou il serait mieux de reprendre les pas compassés et rentrer à la maison, pour ne pas perdre leurs précieux minutes de temps?

Avant même que les numéros prononcent cette question à haute voix, la lettre H est apparue devant la porte d’entrée. Elle portait ses habituels hauts talons de stabilité, et profitait d’une petite pause pour, équilibrée, monter vers sa chambre et contempler depuis sa fenêtre la nombreuse parade de lettres dont elle, heureuse, participait.

La lettre H, toujours hospitalière dans son tempérament réservé, a insisté pour que les numéros entrassent à la Maison pour partager en doses égales une bouteille de l’eau ardente.

Après une heure, ils ont vidé la bouteille, ainsi comme toutes les étapes cérémonieuses de conversation. Finalement, un numéro a fait front pour justifier courageusement leur venue :

– Mme H, nous sommes ici parce que le texte n. 3, apparu au journal de chroniques quotidien, nous a beaucoup inquiété. Pas seulement par l’information que la grippe ne vous alarme pas, mais surtout par la constatation que vous réservez plus d’attention de votre riche vocabulaire aux mots « oubli » et « répétition » que par la disparition elle-même.
A partir de la lecture de ce texte, nous avons découvert que ces deux mots font aussi partie de notre quotidien… mais, comme notre tâche n’est pas de nommer les événements du monde, les noms « oubli » et « répétition » sont presque inaperçus dans notre société.
La question qu’on vient vous présenter c’est la suivante: comment vous, les lettres, faites pour vivre en étant conscientes de l’oubli et de la répétition ?

– Messieurs Numéros, chers voisins, je pense que vous êtes au courant de que votre si intéressante question demande de la réflexion. Et aujourd’hui, comme vous pouvez vérifier, le jour n’est pas le plus approprié… je suis à la maison juste pour quelques minutes, pour me reposer, et il n’y a pas ici aucune autre représentante de notre société… nous fêtons, d’ailleurs une journée qui peut-être rentrera dans l’oubli, comme toutes les autres jours de notre existence.
Comment nous nous organisons pour nous défendre de cette tendance naturelle et spontanée de l’oubli? – celle-ci sera votre prochaine question, j’imagine. Et les possibilités sont plusieurs, je vous assure.
Par exemple, une fois la fête terminée, on passera des jours en enregistrant les histoires mémorables de ce qu’on a vécu aujourd’hui. On les racontes, ces histoires, et elles seront toujours les mêmes, mais différentes…
Mais bon, Messieurs, c’est déjà l’heure de repartir pour la fête. Je laisse pour une prochaine fois la réponse sur la « répétition », quand, plus nombreuses, nous pourrons même vous démontrer des exemples. Je vous remercie de la sympathique compagnie, et j’atteins anxieuse la prochaine visite.

Les numéros ont chaleureusement remercié la lettre H, et ils ont gagné la rue pour prendre la route. Le bataillon nombreux, silencieux et pensif soutenait les pas décidés et compassés, même qu’à l’intérieur ils ruminaient la réponse de H.

En s’éloignant de la foule carnavalesque, l’écho du chœur littéraire – marqué curieusement par les répétitions rythmiques – les accompagnait, à chaque fois plus présent :

« Ó abre alas que eu quero passar
Ó abre alas que eu quero passar
Eu sou da lira não posso negar
Eu sou da lira não posso negar »

novembre 4, 2009

3. La panique que l’épidémie de grippe provoque chez les humains étonne les lettres. Certes, au cours des siècles elles ont aussi connu de spectaculaires catastrophes – la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie ou l’anéantissement de milliers sur le Bûcher des Vanités. Et pourtant, la mort physique ne les préoccupe pas.

Autour d’un verre virtuel, elles pensent plutôt à deux autres problèmes, essentiels dans leur société – la répétition et l’oubli.

octobre 23, 2009

2 – S’il y a une grande vérité dans la salle de séjour (dans la plage, dans une place de grand roue, dans le parking souterrain de l’avenue X) c’est qu’en réalité un mardi garde rien de spécial. Un mardi est un jour comme tous les autres : des jours maigres et épais de notre brève histoire des histoires.

Mais, cependant (attention !) : au cas où vous étiez volontairement engagé avec ce rien, vous le trouverez caché derrière un verre de bière (blonde ou brune, peu importe) !; derrière les lunettes qui vous équilibrez sur le visage (le tout derrière les lunettes) !; ou encore dans la structure miroité (ou modulé) des yeux de l’autre d’en face, ton grand ami peut-être,

ton tien.

La société de lettres – si on se permet à une affirmation  –, elle cache le rien le plus nécessaire pour qu’un mardi soit possible, et gras, et fécond. Parce qu’elle prend ce rien, et elle le roule, et elle l’enroule, et elle le permet d’exister ailleurs, dans une phrase, dans un mot, dans un petit point de lettre

tel.

Bonsoir, les amis

octobre 21, 2009

1. La première phrase est ici pour vous ouvrir la porte et pour vous inviter à notre modeste société qui est une société des lettres (majuscules et minuscules).